Les intellos, ces incompris…

Alerte à l’intello 

Lundi, 8 heures. La sonnerie retentit, symbole qu’il est temps de commencer une nouvelle semaine. Tous se dirigent, d’un pas plus certain pour les uns que pour les autres, à reculons parfois, la tête pleine des pensées du weekend, vers leur salle de cours. Pierre les voit arriver, au compte goutte, dans le vacarme assourdissant des conversations, tant ils sont heureux de se conter les deux jours qui viennent de s’écouler. Pierre est rangé, sagement, devant sa salle de cours, et attends patiemment que le prof arrive, pochette à la main et cours sous le bras, avide d’acquérir un savoir nouveau. Lorsque ce dernier passe la porte, et invite les élèves à rentrer, Pierre rejoint sa place, au premier rang, à gauche, près de la porte, non pas par désir de s’enfuir, mais pour être suffisamment près pour écouter, et isolé pour ne pas attirer l’attention. Choix rondement mené donc, qu’il a su reproduire dans l’ensemble de ces cours. Pierre est seul en cours, mais peu lui importe, il peut ainsi se concentrer. Bien sûr, il aimerait pouvoir raconter ce qu’il a fait, ce qu’il aime et voudrait réaliser, mais il s’adapte, sans doute parce qu’il pense qu’on ne le comprendrait pas. Ses parents ont bien essayé de le « sociabiliser ». Ils ont organisé ces anniversaires typiques où toute la classe était invitée, mais alors que tous souhaitaient se battre dans la boue ou se livrer à des jeux d’enfants, Pierre ne se sentait pas à sa place. Il était comme bloqué, réticent à l’idée de les suivre et de se comporter comme tel, mal à l’aise, intimidé aussi. Pierre s’en voulait parfois de ne savoir s’adapter aux autres, adopter les sujets de conversations que tous maîtrisaient. Finalement, il ne souhaitait plus faire d’efforts. Il acceptait donc sa différence, sa solitude, quand bien même quelques élèves, rejetés eux aussi lui serraient la main de temps à autre et l’accompagnait au CDI. Pierre aime les cours, certes. Il a des bonnes notes, certes. Autant d’éléments qui feraient rêver ceux qui n’y parviennent pas. Pierre est différent, il le sait. Dans la cour et même ailleurs, on le traite d’intello », et cette accusation plane sur lui comme une maladie contagieuse le ferait. 

A vrai dire, je ne sais pas si ce titre est très clair, ni même à la hauteur du phénomène que j’aimerais aborder avec vous aujourd’hui. Cet article est, en effet, spontané, honnête, vif, peut-être un peu trop pour être totalement impartial, mais nécessaire, tout de même, car j’ai pour intime conviction qu’il convient de parler de ce qui nous touche et nous émeut. Vous l’aurez compris, aujourd’hui, nous abordons le thème de « l’intello ». Ce mot devenu tabou, presque autant que peut l’être une insulte, et qui vise souvent à rabaisser celui qui en fait les frais.

Pourtant, si on s’intéresse à la définition du terme donnée par le dictionnaire, ce dernier nous le décrit comme « tout individu qui s’adonne à des activités principalement intellectuelles, et toute chose qui est liée à des pratiques qui nécessitent de la réflexion, sans connotation manuelle. » (l’Internaute)

En d’autres termes, donc, un « intello » est une personne qui serait désignée comme « intelligente », qui globalement, aurait des bons résultats, et aurait des loisirs liés à son désire de réflexion. Si on suit bien le raisonnement, une question se pose alors : comment être considéré comme un « intello » a-t’il pu devenir une honte?

Comment penser et se cultiver est aujourd’hui devenu choquant au lieu d’être inscrit dans la norme?

Même si, dans la fiction que vous avez pu lire plus tôt, le portrait de Pierre est plein de préjugés, et sans doute trop exagéré, cette histoire n’est pas si éloignée de la réalité que l’on pourrait le prétendre. Son but est en effet de décrire le comportement de la majorité des élèves, qui sont souvent prêts à prendre leurs jambes à leur coup lorsqu’ils aperçoivent un élève semblable à Pierre, comme si une alarme retentissait « vite sauve toi voici l’intello ».

Au collège ou au lycée, on observe une certaine réticence quant au désire des élèves d’approcher ceux qu’ils qualifient d’intellos.

 Pour comprendre comment les intellos ont été progressivement mis à l’écart au sein des classes, j’ai souhaité avoir le point de vue de différents élèves. Je leur ai alors demandé : Qu’est ce qu’un intello pour toi, et pourquoi penses-tu que bon nombre de personnes les mettent à part, les rejettent en quelque sorte ? Voici les réponses qui m’ont été adressées.

« Pour moi un intello, c’est une personne plutôt intelligente, mais le terme est assez dénigrant. Je pense qu’ils sont considérés comme étant « différents » et qu’ils sont écartés par jalousie. »

« Je dirai que c’est quelqu’un d’assez intelligent, ou du moins qui se focalise sur les études et qui a peu de vie sociale. Du coup, c’est ce manque de vie sociale qui crée un décalage et qui fait qu’il est souvent rabaissé. Parfois, ils deviennent sans aucune raison valable les boucs émissaires de sa classe et ce phénomène les poussent à réduire encore plus leur vie sociale. »

« Intello c’est juste un mot sur lequel on a mis plein de choses négatives alors que c’est pas le cas. Un intellectuel c’est à mon sens quelqu’un qui est passionné par certains sujets, et qui est d’ailleurs souvent travailleur et méritant. Les intellos ne sont pas forcément plus intelligent que les autres, mais ils se donnent plus les moyens de réussir. Je pense que c’est pour cela qu’ils sont mis à part. Ils ne rentrent pas dans les dogmes de la société, où la réussite est globalement blâmée et mal connotée… »

En résumé, donc, la mise à l’écart de ceux qui s’instruisent un peu trop pour correspondre à la norme viendrait du fait qu’ils ne s’ouvrent pas assez aux autres, mais aussi de la jalousie de leur camarade. C’est alors par le biais d’un effort commun que l’intello pourra être accepté. Nous avons tous, et toutes été face, un jour, à quelqu’un qui ne semblait pas avoir les même centres d’intérêts que nous et qui ne voyais que par les cours. Mais est-ce pour autant une raison pour exclure ces personnes ou les rabaisser? Si j’écris à ce sujet aujourd’hui, c’est d’une part pour avertir les élèves qui seraient tenté de juger trop vite une personne qu’ils ne connaissent finalement pas, sous prétexte qu’elle est trop « intelligente », d’autre part pour inciter chaque personne à s’ouvrir aux autres, à dépasser ses préjugés et surtout, à accepter la diversité. Travailler, être sérieux et se cultiver ne doit pas être une honte, personne ne devrait envier meilleur que soit car chacun est unique et à sa touche à apporter.  Cet article est alors un hymne à la tolérance (rien que ça), pour que chacun réfléchisse, et comprenne je l’espère que nos différences font notre richesse.

Et vous, que pensez-vous des « intellos »? Pourquoi les personnes qui sont passionnées par les cours sont moquées et dénigrées par les autres?

 

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